L'idée de Jean COLADON passant la plus grande partie de ses journées confronté à son oeuvre dans un grand atelier lumineux rend en partie compte de la réalité, mais est aussi trompeuse si l'on imagine quelque chose comme une démarche stakhanoviste.
Jean COLADON artiste. Il ne va donc pas à son atelier comme certains vont au travail. Il est simplement et totalement habité par un projet de vie, et même de survie, au sens où il est obligé, par le moyen de son art, d'en découdre avec les idées, les images, les émerveillements, les constructions intellectuelles, les inquiétudes, les angoisses, les révoltes qui l'habitent.
Après avoir plusieurs fois considéré son œuvre, après avoir beaucoup échangé avec lui, je traite de l'œuvre de Jean COLADON, tout en admettant que le lecteur et aussi Jean COLADON peuvent ne pas toujours adhérer à mon propos.
Admirez-vous ? Pour ce qui me concerne, J'admire. J'admire de chaque tableau la puissance, la précision du trait, comme si le peintre était avant tout dessinateur, comme s'il avait voulu discipliner ses émotions en les encerclant, en leur assignant des limites, par le moyen d'une technique totalement contrôlée.
J'admire aussi le fait, et je l'ai constaté en voyant l'artiste travailler, que Jean obtienne toujours exactement la teinte, la couleur, l'ambiance qu'il avait à l'esprit.
Parcours non exhaustif, presque au hasard :
"Histoires de Femmes". Les femmes sont partout présentes et pas seulement dans ce chapitre. Belles, toujours. La beauté, cette beauté, fait peur. D'autant que si elles semblent parfois être abandonnées, elles ne le sont en fait que rarement...
"Les Pièges". On peut penser que l'homme est bien petit, bien faible devant la femme. Cette femme est souvent sacralisée, glacée. Même si les ambiances ne sont pas comparables, je pense à cette vierge des glaciers d'Andersen, séductrice, mais dangereuse et inaccessible.
"Le Temps des Cathédrales". "Suzanne et les juges" : Jean COLADON confronté à un sujet que le Titien a lui aussi traité. "Mars et Vénus" : tableau s'inscrivant dans un rectangle long - comme disaient autrefois les Compagnons - à l'exemple de ceux de Botticelli et de Piero di Cosimo, consacrés au même thème.
Des FEMMES ! D'un bout à l'autre de l'œuvre. Ou encore UNE femme, toujours la même et pourtant toujours différente. Je crois qu'il ne faut pas lire cela au premier degré. Peut-être Jean a-t-il choisi la femme comme principe éternel, comme source de vie, et fatalement de mort aussi ? Peut - être veut - il parler beaucoup moins des femmes et beaucoup plus de la destinée ?
Il peint sans fréquenter les grands marchands et les faiseurs de mode, sans se demander quelle étiquette il faudrait accrocher à son œuvre.
Quant à nous, nous ne disposons d'aucun recul et considérons que Jean COLADON semble pour l'heure irréductible, inclassable, et je crois qu'il le sait parfaitement.
Peut - être que l'art, son art, pose les questions qu'un être humain se pose quand, se regardant dans la glace, il devine déjà ce que sera son visage de mort, ou encore, version plus optimiste mais tout à fait semblable, quand il se demande ce qu'il fait sur terre.
Combat perdu d'avance, que tu mènes pourtant, que philosophes, scientifiques, artistes, et simplement honnêtes hommes, mènent aussi, combat qui fait notre grandeur. ____________________________________________________________________________
Robert Verheuge
Ancien directeur des Affaires culturelles de la ville de Marseille
Professeur associé à l'université d'Avignon 